Le gilet harnais

Suite à nos précédents articles sur les cordes (Quelle corde pour quelle utilisation ? et Comment bien choisir sa corde de sécurité ?), nous allons aborder ce coup-ci un des éléments clés de l’EPI (Equipement Individuel de protection) : le gilet de sauvetage (ou plus précisément l’Aide à la Flottabilité), avec notamment 2 questions qui reviennent fréquemment dans les discussions : « que met-on dans son gilet ? » et « pour ta ceinture largable, on passe 1 ou 2 fois dans le tri-barre en métal ? ».

Avant d’aller plus loin, un point rapide sur la législation.
Il existe 4 niveaux d’homologation CE : 50N, 100N, 150N, 275N à chacun correspond un environnement bien spécifique. Pour le secours ou plus généralement pour la navigation en eau vive (hors embarcation gonflable), on entre dans la catégorie 50N (navigation côtière, de lac ou de rivière). La différence principale d’un équipement en catégorie 50 par rapport aux autres catégories est qu’il n’assure pas le retournement de la personne sur le dos, mais uniquement le maintien hors de l’eau des voies respiratoires pour une personne consciente. C’est pour cela que c’est une aide à la flottabilité et non un gilet de sauvetage, comme nous le nommons dans le langage courant.
Pour les pratiques eau vive hors embarcations gonflables, la législation française impose pour une personne de plus de 60 kg une flottabilité de 70 N. La flottabilité réelle sera notée sur l’étiquette CE à l’intérieur de votre gilet : pour chaque taille, il est mentionné le poids de l’utilisateur et la flottabilité correspondante.
Ensuite;dans une pratique secours ou rivière (en fonction de sa pratique ou de la classe de rivière), il est indispensable de choisir une aide à la flottabilité équipée d’un harnais avec ceinture à largage rapide (ou plus communément, gilet harnais) qui devra répondre la norme 12402 – 6. La bonne utilisation de cette ceinture à largage rapide nécessite impérativement une formation et de la pratique (voir ci-dessous).

Couteau, sifflet, leash font partie des équipements indispensables d’un gilet

Quel matos dois-je avoir dans mon gilet ?

Une fois qu’on a choisi son gilet en fonction de sa pratique et de son gabarit, il faut l’équiper. C’est très personnel, mais certains éléments sont incontournables. En commençant rapidement par le petit matériel :

  • 1 sifflet qui va permettre de communiquer avec ses compères, et qui va fixé à l’aide d’un élastique à l’extérieur de son gilet, permettant de tourner sans entrave sa tête de droite à gauche ;
  • 1 couteau : OBLIGATOIRE et qui peut avoir diverses utilisations, de “couper du saucisson”, à “couper une corde en cas d’urgence”. Grands débats : dans une poche ou fixé à l’extérieur du gilet ? Type poignard ou à lame repliable ? Cela dépend des habitudes de chacun. Mais, une chose est sûre, il faut que celui-ci reste accessible des 2 mains, et ce même quand on a la tête sous l’eau ! Faîtes le test et vous verrez qu’avec un couteau enfermé à double tour dans une des poches de son EIF, on peut vite être en manque d’oxygène !! D’autant plus s’il faut ENCORE l’ouvrir, une fois qu’on l’a sorti de la poche…
  • 1 montre, si on n’en porte pas au poignet ; cela permet de savoir l’heure qu’il est, mais également de savoir depuis combien de temps on est sur l’eau ou depuis combien de temps dure un secours (ce qui peut déterminer si on est en phase de secours ou en phase de réupération) ;
  • 1 système de remorquage (ou leash), plus facultatif que les 3 précédents, car dépendant beaucoup de sa pratique et notamment du type de parcours sur lequel on s’engage.

A ceci va s’ajouter tout un attirail qui va se destiner principalement au secours, à savoir : les poulies, mousquetons et autres sangles.

Mousquetons, poulies, sangles, anneaux de cordelette font partie de l’Equipement Individuel de Protection (EPI)

Tout d’abord, y-a-t-il un réel intérêt à avoir ce type de matériel avec soi pour naviguer ?
La réponse est indubitablement OUI. Ce matériel a une multitude d’applications en eau vive et peut nous permettre de sortir de bons nombres de situations plus ou moins complexes : en navigation pure (allant de pouvoir basiquement amarrer son bateau à un arbre, à décravater son bateau, faire une main courante sur une section exposée d’un portage, sortir une branche ou un tronc de la passe que l’on souhaite prendre, etc…) ou en secours (réalisation d’un Avantage Mécanique pour tendre une diagonale ou mettre en place un bateau sur tyrolienne, faire un point d’amarrage, etc…).

Ensuite, où met-on tout ce matériel : sur soi dans son gilet, ou dans son kayak ou dans un sac spécifiquement dédié à cet usage ?
En eau vive, de par la nature même de l’environnement dans lequel nous évoluons, la question de la réactivité et de la rapidité est primordiale ; en cas d’intervention sur un coincement par exemple, toute seconde gagnée est bonne à prendre. Il semble donc important d’avoir ce matériel sur soi afin d’éviter une perte de temps inutile.
De plus, ce matériel fait partie de l’équipement individuel (il n’est pas considéré comme de l’équipement collectif, comme le sont la pharmacie ou la pagaie de secours par exemple) : cela signifie que tous les membres d’un groupe doivent être équipés avec ce matériel, ce qui permet de palier à la perte de matériel, de pouvoir monter des systèmes complexes demandant plus de matériel que l’on porte sur soi, et de garder une attitude « pro-active » : si une première solution utilisant du matériel ne fonctionne pas et qu’il faut essayer autre chose, il n’est pas nécessaire d’attendre que le premier système soit démonté pour commencer à mettre en place le second.

Le kit 4-3-2-1 : 4 mousquetons à verrouillage, 3 poulies, 2 prusiks et 1 sangle plate (5m)

Que prend on ?
Afin d’éviter que son gilet de sauvetage ne se transforme en gilet tactique style « je pars à la guerre » (car le but d’un gilet reste qu’il nous fasse flotter, ou du moins qu’il nous aide…), il faut choisir du matériel léger, polyvalent et le moins encombrant possible. Nous conseillons de vous équiper avec le kit 4-3-2-1 :
4 mousquetons : en eau vive, il est primordial d’utiliser uniquement des mousquetons à verrouillage, afin d’éviter les risques d’ouverture inopportunes (ce qui augmente le risque de coincements). Préférez des mousquetons à double verrouillage (B-lock), plus faciles d’utilisation que les mousquetons à vis (il faut penser à bien verrouiller la molette) ou que ceux à triple verrouillage (manipulation délicate avec une seule main, notamment quand on a les doigts froids). Préférez des mousquetons en alliage aluminium (plus légers, meilleure résistance à la corrosion), mixez les formes (mousquetons symétriques et mousquetons de type HMS, utilisables avec un nœud de demi-cabestan).
Utilisation : comme point de connexion dans une multitude d’utilisations : amarrage d’un bateau, connexion d’une corde à un harnais largable ou à un bateau, création de système d’Avantage Mécanique (AM) ou mouflage, etc…
3 poulies : préférez des poulies à flasques oscillantes (moins épaisses que des poulies à flasques fixes, donc prennent moins de place). Le but d’une poulie est de diminuer la friction et donc, quand on exerce une force qui entre dans celle-ci, l’idée est de conserver, si ce n’est l’intégralité, du moins la majeure partie de cette même force à la sortie de la poulie (gros intérêt dans un mouflage notamment). Pour ce, il y a différentes gammes de poulies avec une restitution de force en sortie de poulie allant d’à peine plus de 60% pour les poulies avec réa en plastique à quasi 95% avec des poulies haut de gamme (réa sur roulement). Il peut être intéressant d’avoir au moins une poulie qui soit pare-prussik (quand on monte un AM, la forme des flasques évite que le prussik rentre dans la poulie quand on tracte dessus).
Utilisation : diminution de la friction lors d’utilisation de cordes dans le montage de systèmes tels que : AM, diagonales tendues, bateau sur tyrolienne, etc…
2 prussiks : en réalité, 2 anneaux de cordelette. Il existe des anneaux de cordelette déjà cousus dans le commerce, mais il est moins onéreux de les faire soi-même en achetant de la cordelette et en créant un anneau grâce à un nœud de double pécheur. Le diamètre de la cordelette doit être adapté au diamètre de la corde sur laquelle vous allez utiliser vos anneaux, afin que ceux-ci soient efficaces (friction suffisante sur la corde pour ne pas glisser). De même, la qualité du matériau utilisé pour la confection de la cordelette a son importance ; préférez de la cordelette en aramide (meilleure résistance à la chaleur), plutôt qu’en Dyneema par exemple (point de fusion assez bas).
Utilisation : ces anneaux de cordelettes vont être principalement utilisés dans la réalisation de nœud de prussik triple (nœud de friction) lorsque l’on monte un AM. Mais ils peuvent avoir d’autres utilisations plus ponctuelles.
1 longe de 5m : idéalement, de la sangle assez large (26mm), afin d’avoir une bonne préhension. Préférez de la sangle tubulaire, plus souple que de la sangle plate. Cette longe peut être cousue aux 2 extrémités afin d’avoir deux boucles sur lesquelles clipser des mousquetons, mais cela n’est pas indispensable. Cette sangle doit avoir une certaine résistance : la plupart des sangles de ce type ont 1 ou plusieurs liserés en pointillé sur la longueur, 1 liseré correspondant à une résistance de 5kN, soit 500kg (cela n’est pas encore complètement normé chez les différents fabricants).
Utilisation : cette longe est l’élément polyvalent par excellence. Une fois, qu’on a pris l’habitude de s’en servir, on ne peut plus s’en passer, tellement les utilisations sont diverses et variées : réalisation de points d’amarrage, corde à lancer de proximité, harnais de fortune, main courante, longe de retournement en raft, leash de remorquage, immobilisation d’un membre cassé en complément d’une attelle par exemple, confection d’un radeau avec 2 kayaks pour des techniques d’accès en bateau captif, etc…

Réalisation d’un Avantage Mécanique grâce à son kit 4-3-2-1

A cela, peut se rajouter bien entendu d’autres éléments selon les préférences et habitudes de chacun (notamment un masque d’insufflation afin de l’avoir tout de suite à portée de main au cas où… – il en existe des très petits, pas encombrants-, et une scie – plus accessible que dans son bateau et pouvant faire la différence dans l’urgence) , mais cela est déjà une bonne base. Ce qui est déjà pas ! Oui, effectivement, d’autant plus qu’il faut loger tout ça dans son gilet !
D’où l’importance de bien choisir le modèle de son gilet et opter pour un modèle avec de vastes poches de rangement. Car il est important de stocker tout ce matériel dans les poches de son gilet, et non accroché à l’extérieur de celui-ci. Il en va également de la sécurité du pagayeurou du sauveteur, car le principe de « clean rope » dont nous avions parlé pour les cordes de sécurité, tend à se généraliser à l’ensemble du matériel et notamment au gilet de sauvetage : il est important de prêter une attention particulière à son équipement afin que ce dernier offre un minimum de possibilités de coincement. Et éviter d’avoir des sangles, mousquetons et autres poulies qui pendent à l’extérieur de son gilet fait partie de ce principe de précaution.

Un gilet avec de grandes poches permet de stocker tout son matériel sur soi

La sangle de harnais largable : comment l’utiliser ?

Ensuite, la seconde question récurrente concernant le gilet de sauvetage porte sur le harnais largable et notamment ce fameux tri-barre métallique : « on passe la sangle 1 fois dedans ? 2 fois ? Pas du tout ?? » Chacun y va de son avis et au final, on sort de la discussion sans vraiment avoir le sentiment d’avoir avancé sur la question !!
Déjà, en préambule, il faut savoir à quoi sert ce tri-barre : il sert à créer un point de friction supplémentaire afin que, lorsque la sangle du harnais largable entre en tension, cette tension ne s’opère pas directement sur la boucle en plastique, avec le risque que cette dernière s’ouvre de manière inopportune.
Ensuite, il faut regarder quelles sont les préconisations du constructeur et généralement s’y référer : certaines marques incitent à passer 2 fois dans le tri-barre, d’autres une seule fois.
Ceci étant dit, en fait, il n’y a pas de règles fixes. Comme pour beaucoup de chose en eau vive (qui est un milieu changeant par nature), eh bien, ça dépend ! En effet, il y a des situations où l’on souhaite que le largage se fasse de manière rapide, avec un minimum d’entrave (donc de friction) et d’autres par contre, où l’on ne souhaite pas que le harnais largue sans qu’on le veuille.
Typiquement, quand on remorque un kayak avec son leash, si la situation se complique (cas classique : le kayak leashé passe d’un côté d’un rocher et le « kayakiste-remorqueur » de l’autre, et le tout se retrouve en cravate !), on a plutôt envie (et intérêt) que le largage se fasse le plus rapidement possible. Dans cette situation, il peut être envisageable de passer directement la sangle dans la boucle en plastique, sans passer dans le tri-barre.
A l’inverse, dans une situation de plongeur encordé dans un rappel,il faut être sûr que la sangle ne va pas glisser quand l’assureur va tirer sur la corde pour faire sortir le sauveteur et la victime du rappel !! L’utilisation du tri-barre prend alors tout son sens, afin que celui-ci absorbe directement la tension et la diminue d’autant dans la boucle en plastique afin d’éviter que la sangle ne glisse dans celle-ci. Mais à l’inverse aussi, il arrive également que dans une situation de plongeur encordé, on souhaite garder la possibilité de se larguer.
Donc, doit-on passer 1 tour dans le tri-barre (ce qui apporte de la friction mais pas trop) ou 2 tours (beaucoup de friction) ?
Nous nous garderons bien de faire des préconisations qui pourraient aller à l’encontre de celles données par les fabricants, mais nous attirons tout de même votre attention sur le fait que cela peut dépendre de la situation et que seule l’expérience et le test en situation permettent de savoir quelle option choisir en fonction de telle situation. D’autant plus, que des études très intéressantes ont été réalisées sur un large panel de gilets largables disponibles sur le marché, et les résultats sont arrivés à 25% d’échec !! (Onions and Collins (2013) International Journal of Emergency Services).
Bien entendu, comme toute étude, cela correspond à des conditions bien particulières et on ne peut pas en tirer une généralité en disant que le quart des gilets vendus sur le marché ne fonctionne pas ! Par contre, il faut prendre en considération que l’utilisation du harnais largable sur un gilet n’est pas quelque chose d’anodin (en partant notamment du principe : puisque c’est en vente sur le marché, ça fonctionne !!!) et que le largage n’est pas effectif dans 100% des cas ! Le mieux, encore une fois, est de se former à son utilisation et de tester son gilet en situation de largage afin de voir comment il fonctionne, et s’il fonctionne !!
Quelques règles tout de même à prendre en compte, certaines tirées de l’étude précédemment citée :
La présence d’un velcro à l’arrière du gilet afin de maintenir le point de connexion au milieu du dos n’est pas nécessaire car il peut retarder (voir empêcher) le largage du harnais, notamment dans des conditions de faible puissance de courant ; mieux vaut donc supprimer cette bande velcro (Onions and Collins, 2013) ;
• Certains gilets ou leashs sont équipés d’un anneau en acier sur lequel on peut venir connecter la corde : des retours d’expériences rapportent des cas de rupture de cet anneau (faiblesse au niveau de la soudure). Ces anneaux ne sont pas normés en termes de résistance, à l’inverse d’un mousqueton qui répond à des normes précises. Conclusion : préférez vous connecter sur un point fiable. Supprimez l’anneau en acier et optez pour un mousqueton ;
• Lorsque que vous vous connectez via un mousqueton, il est impératif que celui-ci soit verrouillable et de préférence, à verrouillage automatique et non à vis. Des retours d’expériences ont montré qu’il est possible que les vibrations desserrent la vis, avec les risques que le mousqueton vienne se prendre sur un point non largable du gilet ou du bateau ;
• Il est important que la longueur de sangle à la sortie de la boucle en plastique soit bien ajustée : ni trop courte (afin d’avoir la possibilité de tirer dessus pour ouvrir le harnais largable, notamment si la boule en plastique prévue à cet effet sur la boucle en plastique venait à se casser), et ni trop longue (car une sangle trop longue a plus tendance à se vriller avec les risques possibles de coulisser difficilement dans la boucle plastique ou le tri-barre, et donc de retarder ou d’empêcher le largage). Si vous avez un gilet perso, il est donc important d’adapter la taille de cette sangle en fonction de votre morphologie (pensez à essayer votre gilet en étant équipé en kayakiste qui va naviguer en hiver avant de couper votre sangle ; et non pas en mode t-shirt et short, car vous risquez de vous retrouver avec une sangle un peu courte une fois que vous aurez mis votre jupe, votre dry-suit ou dry-top et les couches thermiques qui vont en dessous !!!). Pour faire simple, une fois que vous avez ouvert la boucle en plastique à l’aide de la boule et que vous tirez dessus pour que la boucle en plastique vienne se mettre à la perpendiculaire de votre gilet, la sangle doit être complètement sortie de la boucle en plastique (Onions and Collins, 2013).

Test du harnais avec ceinture à largage rapide

Et si vous décidez de tester votre gilet en situation réelle, n’oubliez pas :

  1. Ce test ne se fait JAMAIS seul : on ne se pend bas au bout d’une corde et on ne se jette pas à l’eau dans son coin, en se disant qu’on va voir si ça débraye !! Car si cela ne débraye pas, ça se complique…
  2. Ce test se fait donc en équipe, sur un système de corde lui-même largable (par un tiers) afin qu’en cas de non débrayage, la personne puisse être ramené au bord rapidement (technique du pendule) ;
  3. Il n’est pas nécessaire de faire le test sur un rapide de classe IV ! Une veine d’eau avec un courant franc suffit ;
  4. Enfin, quand on fait ce test, son gilet doit être équipé d’un couteau ! Car cela peut être l’ultime et unique solution pour larguer si cela ne se passe pas comme prévu ! Mais normalement, le couteau, comme nous l’avons déjà dit, il est sur ou dans le gilet, en tout cas accessible… C’est la base…
  5. Mais à priori, vous ne devez pas vous retrouver dans la situation du point n°4 ; donc si vous avez un doute sur votre montage, abstenez-vous ! Rapprochez-vous de professionnels ou de personnes expérimentées afin que ce test reste une réussite et soit riche en enseignements !
Sauvetage réel, technique du plongeur encordé

Voilà, pour cette présentation de l’Aide à la Flottabilité et du matériel qui nous semble indispensable d’avoir sur soi. En espérant que cet article a retenu votre attention, restez prudents et à bient’eau !

Cet article a été publié dans le dernier numéro de Canoë Kayak Magazine