Sécurité eau vive : le matériel collectif

Après avoir fait le tour de l’équipement individuel dans des articles précédents (gilet de sauvetage et accessoires, corde de sécurité) : , nous allons cette fois-ci passer en revue l’équipement collectif.
Nous entendons par équipement collectif, tout le matériel qui peut faciliter la vie d’un groupe de kayakiste en cas de pépin. Il est collectif dans le sens où il n’est pas nécessaire que chacun des membres du groupe ait personnellement ce matériel ; il est dispatché entre les différents membres du groupe afin d’éviter de se surcharger inutilement. Cependant, en fonction du parcours sur lequel on s’engage (difficulté, durée, isolement, etc…), il peut être intéressant d’appliquer le « principe de redondance » sur tout ou partie de cet équipement : par exemple, avoir 2 moyens de communication sur un même trip peut être salvateur si le premier tombe en panne de batterie ou ne fonctionne plus après avoir appris à nager !
De même, il y a les « Indispensables » et les « Optionnels » : encore une fois, cela dépend du type de parcours et tout est modulable. C’est parti pour un petit tour d’horizon de ce que l’on doit mettre au fond de son kayak avant de partir.

De haut en bas et de gauche à droite : Pagaie de secours, pharmacie, corde, pompe, eau et kit “Hypo”, téléphone. sac étanche, coutil multi-outils, scie pliante, kit “chaleur”.

 

Commençons par les “Indispensables”.

1. Un moyen de communication.

Il est clair que de nos jours, il est obligatoire, quelque soit le parcours sur lequel on s’engage, d’avoir un moyen de communication ; pour appeler les secours en cas de besoin (112), mais aussi pour détendre le navetteur qui vous attend à l’arrivée et qui commence à s’inquiéter de ne pas vous voir arriver, et pouvoir ainsi le prévenir que tout va bien et qu’il n’est pas nécessaire de lancer le plan ORSEC pour vous retrouver !!
De plus en plus, le portable passe partout (ou presque…) ; sachez que même si le réseau est inexistant, il est tout de même possible de passer des appels d’urgence (la connexion peut se faire via le réseau militaire par exemple). Ensuite, sur les zones les plus reculée, à l’étranger notamment, le téléphone satellite prendra le relais.
Quelques précautions : avoir un moyen de communication s’est bien, faire en sorte qu’il fonctionne et qu’il soit accessible quand on en a besoin, c’est mieux !
Dans l’environnement dans lequel on évolue et notamment avec l’eau froide, les batteries ont tendance à se décharger plus rapidement ; pensez à bien charger vos appareils avant de partir et de les protéger de l’humidité et du froid. Bien qu’il existe de plus en plus d’appareils étanches sur le marché, il est tout de même indispensable de les protéger en plus avec une pochette ou une boite étanche. En effet, sans protection supplémentaire, il est quasiment impossible de communiquer avec l’extérieur : une fois que l’eau s’est infiltrée dans le micro et le haut-parleur, le son est quasiment inaudible (on ne vous entend pas ou vous n’entendez pas votre interlocuteur).
En plus de le protéger contre l’eau, la boite étanche aura l’avantage de mieux protéger votre téléphone contre les chocs, mais imposera de stocker celui-ci dans votre bateau et non sur vous. Avec du coup, le risque de voir son téléphone partir avec votre bateau au fond du siphon quand vous glissez et lâchez votre bateau lors du portage !! D’où l’intérêt pour le moyen de communication d’appliquer le principe de redondance : avoir 2 téléphones dans un groupe plutôt qu’un seul est toujours mieux, d’autant que cela ne prend pas beaucoup de place !
Ensuite, boite étanche vs pochette étanche, sur soi ou dans le bateau ?? Il n’y a pas de règles, chaque solution à ses avantages et ses inconvénients, mais il est clair qu’avoir son téléphone sur soi, évite les risques de perte et le protège du froid si on le porte près du corps (en tout cas, plus que s’il reste la journée à tremper dans l’eau au fond de son bateau…).

Une trousse de pharmacie doit être organisée afin que tout le monde puisse l’utiliser

2. Une trousse de premier secours :

Même pour une descente à la demi-journée sur son parcours fétiche à l’arrière de sa cour, il est indispensable d’emmener avec soi l’essentiel pour parer aux petits (ou gros) bobos auxquels on peut être confronté ; et cela n’arrive pas qu’aux autres ou seulement quand on « envoie du gros » ! Une luxation d’épaule en faisant un appui, une grosse contusion à la cuisse lors d’un dessalage, une vilaine coupure au pieds en débarquant ou une petite coupure au doigt en frottant contre une vis de son bateau qui dépasse, … tout cela peut arriver. Avoir une pharmacie pour traiter, contenir ou soulager l’incident, ou ne rien avoir sous la main, fera la différence entre un incident qui finit bien, et une grosse galère en perspective.
Cette trousse de pharmacie doit pouvoir répondre aux différentes problématiques médicales que l’on peut rencontrer sur la rivière, à savoir : les saignements, la traumatologie, les problèmes liés à la température (hypo et hyperthermie), les problèmes de contamination liés à la qualité de l’eau et enfin, la noyade.
Là aussi, l’idée est d’adapter le contenu de sa pharmacie au parcours, et notamment à sa durée, afin d’avoir tout ce qu’il faut, sans pour autant se balader avec un hôpital de campagne ! Rdv en fin d’article pour un inventaire non exhaustif d’une trousse de premier secours.

Ensuite, en plus de ces 2 incontournables, il y a tout le reste du matériel que l’on va pouvoir prendre avec soi, en fonction de la difficulté du parcours, de sa durée, de son isolement, de la composition du groupe, etc…

Poursuivons avec les “Optionels”.

Encore une fois, tous ces éléments ne sont pas indispensables : ils peuvent être nécessaires ou non, en fonction de plusieurs paramètres qu’il sera bon de juger. L’expérience acquise et les leçons tirées d’expériences précédentes seront d’une grande aide pour faire les bons choix. Encore faut-il prendre le temps de l’analyse et ne pas partir du principe : « bah, pas besoin, ça passe large ! » !!!

Scie pliante, abri d’urgence… Pas du matériel obligatoire, mais qui peut être bien utile en fonction des situations.

3. Une scie :

Nous le citons en premier, car ce n’est pas indispensable, mais presque… Car très utile pour dégager une passe, mais aussi pour intervenir en urgence et couper la branche contre laquelle votre collègue de navigation est coincé. Il existe des couteaux scie de petite taille qui peuvent facilement se loger dans un gilet de sauvetage, mais il est parfois pratique d’avoir une scie d’élagage pliante un peu plus grande (longueur de lame : entre 18 et 20 cm). L’option tronçonneuse à main (chaine de tronçonneuse avec 2 poignées) est intéressante car peu encombrante, mais a ses limites, notamment quand on doit couper une branche sous l’eau (il faut pouvoir faire faire le tour de la branche à la chaîne, ce qui n’est pas toujours évident en plein courant) ;

4. Une corde supplémentaire :

On a déjà bien évoqué la question des cordes. L’idée est d’avoir une corde plus longue, plus résistante qu’une corde de sécurité habituelle, afin de parer à certaines situations : par exemple, faire un mouflage qui nécessite une grande longueur de corde, mettre en place un rappel, etc… En fonction du parcours, ce n’est pas indispensable, mais cela peut le devenir sur certains. A cela on peut ajouter : des prussiks adaptés à cette corde, un descendeur, un baudrier, etc…

5. Une pagaie de secours :

Là encore, pas besoin d’engager sur du V !! Une rivière de classe II/III bien encaissée avec des débutants, une pagaie cassée ou perdue peut transformer la sortie à priori relax en une véritable galère. Alors qu’une pagaie de secours au fond d’un des kayaks permet de finir tranquillement et que chacun reparte avec le sourire !

6. Une pince multi-outils :

Idéale pour revisser les cale-pieds ou le siège d’un kayak, pour bricoler une pagaie, revisser une valve, etc…

7. Une pompe :

Pour les adeptes de la navigation en embarcation gonflable, une pompe de secours permet de maintenir une pression d’air suffisante, et de parfois palier à une petite fuite. Si la fuite est plus importante, et en fonction de l’isolement du parcours et de sa durée, on peut éventuellement compléter avec un kit de réparation d’urgence (il existe des patchs d’urgence pour les bateaux en PVC) ;

8. Un kit « Chaleur » :

La rivière est un environnement froid par définition (du moins à nos latitudes). Il est important de pouvoir gérer au mieux la perte de chaleur corporelle, si la situation se complique et se prolonge, notamment en cas d’incident. En plus des éléments présents dans la trousse de pharmacie (voir ci-après), il peut être judicieux d’avoir quelques vêtements afin se mettre ou de mettre une victime au sec en attendant les secours (un bonnet, une paire de gants pour protéger les extrémités par lesquelles s’échappe en priorité la chaleur corporelle, une veste polaire ou une petite doudoune compressible), voir un abri de survie (abri d’urgence pouvant contenir de 2 à 6 personnes selon la taille) ;

Bougie artisanale faîte avec une boite en aluminium et une mêche en carton.

9. Un kit « Hypo » :

Pour hypoglycémie… En plus d’éventuels traitements d’urgence dans la pharmacie, de l’eau, quelques barres de céréales ou autres peuvent être utiles ;

Avec tout ça, on a déjà de quoi gérer pas mal de situations. Reste à répartir le tout entre les différents membres du groupe et de le stocker correctement dans les bateaux. Et là encore, on n’a que l’embarras du choix avec la multitude des sacs étanches proposés par les fabricants (avec une petit plus pour le sac étanche/gonfle…).

Revenons un peu plus en détail sur la trousse de secours :
Voici un inventaire de pharmacie, qui ne se veut en aucun cas exhaustif, qui ne prend pas en compte les spécificités individuelles, qui peut être compléter, améliorer, etc… C’est une base de départ (mais déjà bien complète) qui permet de réaliser les premiers gestes sur les différentes pathologies que l’on peut rencontrer sur la rivière.
Et encore une fois, avoir du matériel, c’est bien, savoir s’en servir, c’est mieux !! Nous ne pouvons que vous inviter à participer à une formation aux gestes de premier secours ou à recycler régulièrement vos connaissances.

1. Saignements :
Le but est d’arrêter le saignement, qui peut aller de la simple coupure à l’hémorragie :
• Des gants en latex ;
• Des compresses stériles (différentes tailles en nombre suffisant) ;
• Du désinfectant (en spray ou en dosette) ;
• Eau oxygénée (en dosette) ;
• Sérum physiologique (en dosette) ;
• Des pansements (étanches ou non) ;
• De la bande élasto ;
• Des ciseaux ;
• Sutures adhésives (attention, la mise en place de suture adhésive est un acte chirurgical et est soumis à réglementation) ;
• Pansement compressif (type pansement israélien, moins encombrant qu’un CHUT) et éventuellement garrot tourniquet ;

2. Traumatologie :
Le but est de traiter les coups et chocs, ainsi que les fractures et luxations :
• Rouleau Sam-Split (permettant de faire des attelles de fortune) ;
• Bandage pour maintenir l’attelle (cela peut se faire avec de la bande Velpeau, ou de la bande élastique : mais pour éviter les doublons, cela peut aussi se faire avec la bande élasto, du scotch, voir la longe de 5m qu’on a dans son kit de mouflage…) ;
• Echarpe triangulaire (pour immobiliser les membres supérieurs, notamment en cas de luxation de l’épaule) ;
• Gestion de la douleur : là, on touche un sujet délicat. Normalement, il est interdit d’administrer des médicaments sans avis médical. Donc, dans le cas d’une pharmacie collective le problème peut se poser. Cependant, sans rentrer dans les détails et les possibles polémiques, on peut citer l’arnica (en gélule ou en gel), les huiles essentielles (hélicrise (Immortelle), gaultérie) ;

3. Problèmes liés à la température :
On va surtout se focaliser sur la facette « hypothermie » ; en effet, c’est à ce problème-là que l’on est le plus confronté sous nos latitudes. Il n’empêche qu’en fonction de la région du monde dans laquelle on pratique, le kayakiste inattentif n’est pas à l’abri de l’épuisement dû à la chaleur ou au coup de chaleur (cela étant notamment amplifié par le port de combinaisons étanches).
Concernant l’hypothermie :
• Couverture ou Sac de survie : la couverture de survie classique n’est pas la plus adaptée à notre environnement. En effet, elle fonctionne en reflétant la chaleur que le corps émet par radiation, or une personne en hypothermie (même légère) émettra peu de chaleur. Il existe maintenant des produits dont la fabrication comprend un film de Polyéthylène Téréphtalate (connu aussi sous la marque Mylar) ; ce matériau est très résistant à la déchirure, étanche à la pluie et au vent. On peut les trouver sous formes de packs couvertures, ponchos ou sac de survie, peu encombrants. Ils protègent des intempéries, reflètent la chaleur du corps et évite sa déperdition par évaporation.
• Bougie : pour créer un apport de chaleur supplémentaire ;
• Briquet : pour allumer la bougie… ;

4. Noyade :
Certaines situations demandent une RCP.
• Masque d’insufflation : il existe des masques d’insufflation qui peuvent se loger dans la poche d’un gilet de sauvetage. Il est possible d’en avoir un second, plus facile d’utilisation dans sa pharmacie ;

5. Problèmes liés à la contamination :
Superflue dans la majeure partie de nos pratiques, la question de la contamination peut devenir importante sous d’autres latitudes, ou lors de descentes avec bivouac ou sur plusieurs jours. En effet, avant de manger, boire ou fumer, il peut être intéressant de se désinfecter les mains (ou les plaies) pour éviter une contamination due à la mauvaise qualité de l’eau. Et cela n’empêche pas uniquement les diarrhées, mais peut prévenir des maladies qui ne font pas rire, ni sourire (exemple : la leptospirose).
Donc, en fonction de l’endroit où l’on pratique, de ce que l’on fait, il peut être intéressant de prendre cela en cause. Et il n’est pas complètement farfelu de prendre de quoi se désinfecter les mains quand on va faire sa petite descente « overnight » à côté de chez soi :
• Gel hydroalcoolique ;
• Lingettes désinfectantes ;

6. Autres :
Non classables dans les catégories au-dessus, mais bons à avoir tout de même :
• Une barre énergétique (pour les « coups de mou ») ;
• Un stylo (et éventuellement un petit carnet pour prendre des notes et informer les services de secours sur ce qui a été fait) ;
• Frontale ;
• Rouleau de scotch ;
• Un tire-tique ;
• Une petite serviette en micro-fibre pour s’essuyer les mains.

Utilisation d’un abri de survie lors d’un scénario d’entraînement de gestion d’un incident.

Voilà, avec tout ça, à priori, on est paré !!
On voit déjà les plus anxieux d’entre vous arriver au prochain embarquement avec un bateau de 35 kg sur l’épaule et les plus goguenards, sourire en coin, balayer d’un revers de la main tout ceci, prétextant que cela fait 25 ans qu’ils naviguent et qu’ils n’en ont jamais eu besoin !
Encore une fois, le but n’est pas tant d’imposer ou d’émettre des règles que d’amener une réflexion sur votre pratique. Parfois, la pratique imposera de prendre tout ça ; d’autres fois, que le strict nécessaire. Mais à chaque fois, ce choix doit être fait en réponse à la question : « Et si… ? »
Et en cette période de repos forcé, on a le temps de faire le point et de mettre à jour son matériel !
Prenez soin de vous et vivement qu’on puisse retrouver nos belles rivières !!
A bient’eau !

Cet article a été publié dans le dernier numéro de Canoë Kayak Magazine